Cette année, le thème de la Journée mondiale de l’alimentation est consacré au Droit à l’alimentation. Le 16 octobre 2007, une panoplie d’activités aura lieu pour rappeler au grand public le droit de tout être humain à avoir un accès régulier à une nourriture suffisante, adéquate sur le plan nutritionnel et culturellement acceptable pour mener une vie saine et active.
Les gouvernements, les autorités locales et les organisations de la société civile jouent des rôles complémentaires pour faire du droit à l’alimentation une réalité. L’Alliance internationale contre la faim, dans ce cas par le truchement des alliances nationales contre la faim, fournit une plateforme multi parties prenantes pour établir une collaboration et mener une action efficace aux fins de:
Au cours de cet entretien, M. Riemenschneider analyse le thème de la Journée mondiale de l'alimentation de cette année « Investir dans l'agriculture pour la sécurité alimentaire », ses liens avec les objectifs du Millénaire pour le développement et le rôle des gouvernements et de la société civile pour garantir l'efficacité des investissements dans ce secteur.
Q: L'aide extérieure à l'agriculture a fortement diminué au fil des ans; quelle est la cause de cette évolution et comment peut-on l'inverser afin de répondre au slogan de la Journée mondiale de l'alimentation « Investir dans l'agriculture pour la sécurité alimentaire»?
R: Un grand nombre de facteurs ont conduit au déclin de l'aide au développement rural. Les bailleurs de fonds et les gouvernements ont souvent trouvé plus facile d'intervenir dans le secteur public, comme la santé et l'éducation, plutôt que dans celui de la production, régi par des entités privées, comme c'est le cas de l'agriculture. Contrairement à d'autres formes d'aide, non seulement l'agriculture concerne des millions de petits agriculteurs qui risquent de pâtir de facteurs exogènes tels que sécheresse, ravageurs et maladies, mais l'expérience a montré que l'aide au développement rural est aussi plus difficile à gérer et que son impact n'apparait pas toujours de façon éclatante. Toutefois, je suis optimiste. Je pense que l'on peut inverser ces tendances et faire en sorte qu'émerge une aide au développement plus équilibrée. L'importance d'une croissance économique guidée par des secteurs tels que l'agriculture, est de plus en plus reconnue tant pour l'impact qu'elle a sur la pauvreté que pour le simple fait que sans croissance économique, les investissements gouvernementaux dans les domaines entre autres , de la santé et de l'éducation ne seront pas durables.
Q:
Faut-il concentrer l'essentiel des investissements agricoles sur les petits agriculteurs ou sur les entreprises agro-industrielles, si l'on veut atteindre les objectifs fixés dans la Déclaration du Millénaire, à savoir réduire de moitié, d'ici à 2015, le nombre des personnes souffrant de la faim et de la pauvreté?
R: Les deux types d'investissement sont nécessaires. Du fait que 70% des pauvres vivent en milieu rural dans les pays en développement, dépendant donc de l'agriculture pour leur subsistance, l'agriculture familiale doit se positionner au centre de tout programme visant à la réduction de la pauvreté. La plupart des investissements pour une meilleure agriculture doivent être réalisés au niveau de la ferme par les petits agriculteurs. Toutefois, les investissements au profit des exploitations agricoles de grande envergure et dans l'agro-industrie s'avèrent également nécessaires du fait de leur incidence dans les domaines suivants : l'introduction de nouvelles technologies, l'apport de valeur ajoutée aux productions de base et l'accès aux marchés nationaux et internationaux qui peuvent aussi bénéficier aux petits agriculteurs. Les nouvelles technologies, la valeur ajoutée et l'accès au marché sont indispensables pour générer les revenus susceptibles de libérer tous les agriculteurs de la pauvreté.
Dans les pays développés, les systèmes d'approvisionnement en nourriture sont en rapide transformation – il suffit d'observer la forte croissance des chaînes de supermarchés de par le monde. Les petits agriculteurs joueront un rôle toujours plus important pour répondre aux besoins de ce nouveau système d'approvisionnement en nourriture qui dessert un monde urbanisé en expansion. La clef du succès pour atteindre le premier des objectifs du Millénaire consiste à garantir un juste équilibre entre investissements privés et publics auprès des petits agriculteurs et dans le domaine de l'agro-industrie, pour que le secteur croisse plus rapidement et de façon durable.
Q: Quel devrait être le rôle des gouvernements pour créer un environnement propice aux investissements dans le domaine de l'agriculture?
R: Tout d'abord, les gouvernements doivent créer un environnement qui soit à la fois sûr et stable pour permettre aux agriculteurs et à l'agro-industrie d'investir. Les petits agriculteurs sont de loin les investisseurs les plus importants dans ce secteur et nécessitent de ce fait encouragements et sécurité pour investir. Les gouvernements ont encore beaucoup à faire dans divers domaines : sécurité du régime foncier, normes qualitatives reconnues pour faciliter le commerce, réglementation en matière de sécurité sanitaire des denrées alimentaires pour protéger les consommateurs, transparence de l'administration publique, régimes fiscaux simples et incitatifs, accès aux finances rurales, accès aux capitaux et à la micro-finance, flexibilité des marchés du travail et enfin stabilité politique.
Q: Dans le cadre de plusieurs campagnes de la société civile, l'accent a été mis tant sur la quantité que sur la qualité des investissements dans le secteur agricole. De quelle manière les gouvernements et la société civile, sans oublier le secteur privé, peuvent-ils, ensemble, améliorer l'aide en qualité et en quantité?
R : Améliorer la qualité et l'efficacité de l'aide requiert des actions de la part des bailleurs de fonds, des gouvernements, du secteur privé et de la société civile. Dans la Déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide, les bailleurs de fonds se sont engagés à travailler étroitement ensemble pour 1) harmoniser leurs interventions et réduire les coûts relatifs aux transferts de l'aide; 2) aligner leurs programmes avec des programmes nationaux consensuels et bien définis ; et 3) mieux programmer l'aide. La plateforme mondiale des bailleurs de fonds pour le développement rural (Global Donor Platform for Rural Development), coprésidée par le Centre d'investissement de la FAO et comprenant 26 institutions financières et agences de développement, a pour tâche d'améliorer l'échange des connaissances entre les différents partenaires et d'encourager l'harmonisation et l'alignement avec les programmes au niveau des pays.
Les gouvernements doivent améliorer l'efficacité de leur administration publique et permettre aux agriculteurs de s'adonner à ce qu'ils savent faire le mieux : récolter, élever du bétail, produire des denrées alimentaires et des matières premières industrielles au profit du monde entier. Ceci implique que les gouvernements se concentrent sur la mise en place d'un environnement propice à ces activités, ce que personne d'autre ne fera: définition de politiques, collecte de données statistiques pour la planification, renforcement des règles et normes, construction d'infrastructures publiques, fourniture de services que le secteur privé n'est pas en mesure d'offrir, dont notamment l'appui au développement d'organisations de producteurs fortes. Au niveau technique, une meilleure administration publique garantit une réduction du gaspillage de ressources, qu'il s'agisse de ressources fiscales internes ou de l'aide reçue.
La société civile doit collaborer étroitement avec les gouvernements dans le secteur des services, tels que ceux de la formation, des services vétérinaires, de la recherche et, dans certains cas, elle doit aussi veiller au contrôle de l'impact local des investissements et alerter les gouvernements en cas de retombées imprévues ou de situations d'urgences.
Le secteur privé doit être organisé pour engager un dialogue avec les gouvernements et le cas échéant, collaborer en matière d'investissements publics au travers de partenariats publics ou privés, apportant ainsi les compétences et la technologie nécessaire.
Q: Dans son combat contre la faim , l 'Alliance internationale contre la faim entend unir la volonté politique et l'action pratique (au travers de la participation de la société civile). Pour cela, la mobilisation des ressources est fondamentale. Comment peut-on garantir la transparence et la mobilisation des ressources en matière d'investissement dans le secteur agricole?
A: Beaucoup de gouvernements devraient considérer comme prioritaire la réforme de leur administration publique. Il s'agit -là d'une mesure absolument nécessaire si l'on veut réduire la corruption, accroître la transparence et créer des systèmes permettant une meilleure mobilisation des ressources. Ce processus a été largement soutenu dans les Stratégies pour la réduction de la pauvreté que de nombreux pays ont élaborées à partir d'une large série de consultations impliquant tous les partenaires. Il faut également, en matière d'agriculture, décentraliser le rôle des gouvernements. La décentralisation, pratiquée dans nombre de pays en développement de par le monde, rapproche les populations du système de prise de décision, tout en encourageant, au niveau local, la démocratie et la participation des individus.
Les processus de consultation et de participation des bénéficiaires permettent d'améliorer le contrôle au cours de la formulation des investissements. Les investissements réalisés maintenant suivent des approches participatives qui assurent que les petits agriculteurs ciblés par ces investissements ont les moyens d'exprimer leurs opinions sur les succès ou échecs de ces investissements.
Pour plusieurs informations vous pouvez visiter le site de la Journée mondiale de l'alimentation