Editorial

« Un premier pas »

par Barbara Stocking, Directrice générale, OXFAM Grande-Bretagne

La Conférence de haut niveau sur la sécurité alimentaire mondiale tenue à Rome du 3 au 5 juin 2008 représente une étape importante dans la réponse à la crise alimentaire. Prendre conscience d'un problème est le premier pas vers sa solution. De nombreux dirigeants ont reconnu le sérieux de la situation et la nécessité d'y faire face, notamment par l'investissement agricole et l'aide à l'agriculture après 25 ans de négligence. Certains ont promis des fonds additionnels ou encore de nouvelles mesures. Il était important, en ces temps d'incertitude, d'entendre réaffirmer par la Conférence la détermination de la communauté internationale à agir contre la faim dans le cadre des Objectifs de développement du millénaire, ainsi que des Objectifs du Sommet alimentaire mondial. Néanmoins, la Conférence n'a pas exhorté à un changement radical des relations internationales dans un monde affecté par de graves déséquilibres entre les pays. Oxfam attend des dirigeants de la planète qui se sont exprimés à la Conférence non seulement des actions concrètes et immédiates mais également une nette réorientation des politiques économiques et commerciales responsables de la crise actuelle.

J'ai eu l'honneur de présider le Forum des Organisations de la société civile et des Organisations non gouvernementales dans le cadre de la Conférence de haut niveau sur la sécurité alimentaire mondiale, le 3 juin 2008 à Rome. Ce Forum rassemblait de nombreux représentants de groupements d'agriculteurs et d'ONG venant de tous les continents. Tous ont exprimé leurs points de vue sur la crise et les moyens d'en sortir. Le premier point de convergence au sein du forum a porté sur l'absence d'écoute accordée, de par le passé, aux agriculteurs et aux populations rurales en général et conduisant, en partie, à l'échec des politiques antérieures de lutte contre la faim et la pauvreté. Cependant il régnait un sentiment très répandu qu'aujourd'hui encore la voix des petits paysans, éleveurs et producteurs forestiers, des artisans pêcheurs, des populations autochtones et par-dessus tout des femmes, était loin d'être convenablement représentée dans les travaux de la conférence. Selon le Forum, la crise actuelle ne se bornait pas à une crise économique, nutritionnelle et écologique mais était aussi une crise des droits de l'homme témoignant de la nécessité de reconnaître le droit à l'alimentation comme un droit humain universel.

Oxfam, à l'instar des intervenants du forum, estime que la production agricole et alimentaire dans les pays en voie de développement doit se voir attribuer la plus haute priorité par les décideurs. La manière dont ces derniers aborderont cette question sera déterminante pour résorber la faim de façon appropriée et durable.

Beaucoup d'attention a été récemment accordée aux promesses de la science et de la technologie pour améliorer la productivité agricole. Cependant une augmentation de la productivité susceptible de surcroît d'améliorer de façon durable le niveau de vie des populations les plus pauvres nécessitera bien davantage qu'un « bricolage technologique ». Pour qu'une technologie soit appropriée, les agriculteurs doivent être associés à sa mise au point ; les services de formation et de vulgarisation doivent parvenir à toucher les secteurs les plus pauvres de la population rurale. Seule cinq pour cent de la population féminine agricole mondiale bénéficie jusqu'ici des services de vulgarisation alors que dans la plupart des régions du monde la majeure partie de la production alimentaire destinée à la consommation des foyers est assurée par les femmes. La formulation des politiques et stratégies nationales de développement agricole devra forcément intégrer les vues des petits producteurs, des ruraux pauvres et surtout des femmes. En effet, ces populations sont non seulement les plus affectées par la crise alimentaire mais en détiennent aussi les solutions. Désormais il est largement admis que les gains potentiels de production et de productivité agricoles les plus significatifs se situent au niveau de ces populations.

Dès lors que le monde à prêté l'oreille aux discours des dirigeants de la planète à Rome, Il est temps qu'à leur tour ils prêtent enfin attention aux vues de ceux qui comptent.

 
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